Bataille pour une seconde en plus… ou en trop ?

17 06 2015
»  photoreportage

Salle d'exploitation du tempsLe 30 juin 2015, la dernière minute de la journée a duré 61 secondes. Une seconde a en effet été ajoutée ce jour-là au temps légal, le temps universel coordonné (UTC), pour que le temps défini par les horloges atomiques reste couplé à la vitesse de la rotation de la Terre.

Pour nos montres, réveils et horloges de salon, cette seconde de plus, appelée seconde intercalaire, passe inaperçue. En revanche, dans la salle d’exploitation du temps du laboratoire SYRTE (Systèmes de Référence Temps-Espace), à l’Observatoire de Paris, cet ajout se prépare à l’avance.
C’est là en effet qu’est établie la référence du temps légal français, de là que partent les « top » de l’Horloge parlante ou le signal nécessaire à la synchronisation des serveurs informatiques via Internet.

Depuis 1967 les horloges atomiques servent officiellement à définir la seconde (voire notre reportage sur la mesure du temps). Mais la  vitesse de rotation de la Terre n’est pas aussi stable que les horloges atomiques. Elle varie sous l’action de plusieurs phénomènes:  la rotation du noyau, les vents ou les marées. Conséquence: le temps atomique international et le temps universel, le temps de la Terre, s’éloignent l’un de l’autre. Pour éviter une trop grande dérive, il a été décidé de faire varier le temps UTC d’une seconde chaque fois que l’écart risque de dépasser 0,9 seconde. Une seconde intercalaire est donc ajoutée à intervalles irréguliers en fonction des variations de la rotation de la Terre.
Le calcul émane du Service de la rotation de la Terre situé…. au SYRTE ! Dirigé par Daniel Gambis, ce service de l’IERS (International Earth rotation and Reference System service) est la référence mondiale pour l’intégration des secondes intercalaires. Cette année c’est la 26ème seconde intercalaire ajoutée à l’UTC, la précédente date de juin 2012.

Daniel Gambis

Cependant ce principe est aujourd’hui remis en cause par certains qui estiment que cette seconde intercalaire perturbe le fonctionnement des réseaux de télécommunications ou de navigation. Faut-il la supprimer? Cela a été proposé en 2012 lors de la dernière assemblée de l’Union Internationale des Télécommunications, mais la décision a été repoussée à la conférence suivante, qui aura lieu cette année en novembre 2015, à Genève.
Daniel Gambis estime lui que ce système fonctionne très bien et qu’il doit être conservé pour rester connecté au rythme de la Terre. Une vision à très long terme face à des intérêts beaucoup plus immédiats…

Cécile Dumas

Photos : © Patrice Latron / LookatSciences

Pour aller plus loin : voir notre reportage consacré à la mesure du temps au SYRTE (les horloges atomiques d’aujourd’hui et du futur)

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